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Travail le dimanche : la distribution dans les starting-blocks

Le gouvernement veut assouplir le travail du dimanche pour les magasins et les distributeurs spécialisés. Le 11 décembre son projet de loi va passer sur le gril de l’Assemblée nationale. Un dossier chaud pour la distribution.

Trois questions à Maryvonne Labeille, PDG du cabinet de recrutement éponyme, spécialisé dans le secteur de la distribution et de la restauration et Présidente du Syntec.

Le nouveau texte sur le travail le dimanche vise à dépoussiérer la loi en vigueur. Aujourd’hui, cinq branches professionnelles bénéficient déjà de dérogation pour une ouverture dominicale. L’idée est d’élargir cette autorisation aux commerces. A la condition qu’ils soient situés dans les agglomérations de plus d’un million d’habitant : Paris, Lyon, Marseille et Lille et les zones touristiques. Sont exclues du projet les grandes surfaces alimentaires. Celles-ci continueront à ouvrir exclusivement le dimanche matin. C’est la distribution spécialisée qui devrait profiter du nouveau dispositif. En particulier les enseignes dédiés à l’électroménager, aux produits culturels, à l’ameublement, au bricolage, à l’habillement, etc.

Le secteur va-t-il véritablement tirer profit de l’ouverture dominicale ?
Maryvonne Labeille:
A mon sens, oui. Aujourd’hui 75% des femmes travaillent, contre 40%, il y a trente ans. Elles courent après le temps comme leur conjoint. En témoignent les ventes sur le net qui explosent dans certains domaines. On sait que les commandes s’effectuent le soir, entre 21 heures et 23 heures ou bien le dimanche. La bonne idée du projet, est de vouloir s’adapter à l’évolution des besoins de consommation. Et à ne pas limiter la possibilité de faire ses achats seulement le samedi. J’y vois deux conséquences. L’une qui concerne la définition des zones commerciales et touristiques concernées. Avec un élargissement probable de leur périmètre actuel. La seconde qui touche au chiffre d’affaire du secteur. Il devrait augmenter. Je compare souvent la distribution avec la restauration. Certaines enseignes ouvertes 7 jours sur 7 ont un ticket moyen qui augmente jusqu’à 50% le week-end.

Va-t-on créer des emplois ou constituer des brigades dominicales ?
Maryvonne Labeille:
Les distributeurs vont d’abord chercher à redéployer leurs effectifs sur la base du volontariat. Seront concernés les employés mais aussi les chefs de rayon. Mais je ne crois pas à l’instauration d’équipes dédiées. Les étudiants pourront tirer profit de cette opportunité de travailler à un meilleur coût. Selon leur convention collective, les salariés qui choisissent de travailler le dimanche peuvent voir leur revenus augmenter de 25 à 100% voire plus parfois. Aujourd’hui, on discute d’un doublement du salaire garanti. Chaque enseigne décidera, après concertation avec les partenaires sociaux. Car rien n’empêche de trouver des contreparties en jours, comme l’envisage les Galeries Lafayette avec une semaine de trois jours et 10% de mieux sur le salaire mensuel.

Travailler le dimanche peut-il booster une carrière ?
Maryvonne Labeille:
On ne peut qu’encourager un jeune de 20 à 25 ans à saisir cette opportunité pour faire ses preuves. Tout d’abord, c’est donner à des étudiants l’accès à une professionnalisation. Ensuite, je pense aux titulaires des postes de management intermédiaire. L’adjoint des chefs de rayon, par exemple, pourra ainsi avoir des responsabilités élargies. S’il est talentueux, il évoluera plus vite. Certaines enseignes songent d’ailleurs déjà à étoffer leurs équipes à ce niveau d’encadrement. En tous cas, ces ouvertures dominicales vont donner à la fonction RH une dimension d’organisation (horaires, plannings etc.) et de négociation supplémentaires. Car rien n’empêche de trouver des contreparties en jours, comme l’envisage les Galeries Lafayette à Paris, avec une semaine de trois jours et 10% de mieux sur le salaire mensuel.

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